Réflexions, spiritualité, coups de coeur... Poète et prophète sévissant sur Internet, le Moineau se réclame du Christianisme social et du Carrefour de Chrétiens Inclusifs, et ne demande l'autorisation de personne pour proclamer la bonne nouvelle de l'amour de Dieu révélé en Jésus Christ pour tous et toutes sans exception.
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dimanche 8 avril 2012

A propos de la mort, d’une pierre roulée, et des gens que nous rencontrons en chemin

Hier soir, je me disais que ce serait bien d’écrire un texte sur la Résurrection. Après tout, ce sont des choses qui se font, quand on étudie la théologie… Mais, c’est assez difficile. Hier, je pensais ne pas y arriver, pour des raisons que j’exposerai plus loin. Aujourd’hui, c’est Pâques, et je pense que… je vais y arriver !  Voyons voir. 


D’abord, comment réfléchir à la Résurrection, en quels termes ? Un des articles que j’ai consultés hier s’intitulait « Qu’a fait Jésus pendant le Samedi Saint »[1]… Bigre ! Serait-on en train de parler de quelque chose de factuel ? Ne pourrait-on pas en rester au concept, s’il vous plait ? Mais… même en restant dans le domaine des idées, il n’est point d’idée qui ne recouvre, au fond, quelque chose, et le « quelque chose » de la Résurrection, voilà, ce concept de Résurrection est de l’ordre du vertige. C’est que même quand on aime jongler avec les concepts, vient un moment où l’on est acculé à reconnaître qu’il ne s’agit pas là d’une simple idée philosophique ; il s’agit d’une affirmation dont certains se réclament ; une affirmation dont moi-même, comme chrétienne, je me réclame, aujourd’hui et chaque jour. Comment confesser la Résurrection ? Quand je dis « je crois en Dieu, je reconnais que Jésus est le Christ », certes j’affirme une démarche de confiance plutôt qu’un contenu de foi (c’est de l’ordre du croire en plutôt que de l’ordre du croire que), mais tout de même : quand je proclame au lever de Pâques que « Christ est vraiment ressuscité », je dis aussi une forme de je crois que, je le dis vraiment, et j’y crois vraiment.[2]
 

Mais à quoi je crois, exactement ? Résurrection. Un homme (Dieu certes, mais homme, quand même) meurt, reste au tombeau trois jours, le temps de se décomposer un peu, et puis se réveille[3]. Comment y croire ?  Appréhender l’idée comme un phénomène (physique), se demander « mais qu’est-ce qui s’est passé ? », n’est sans doute pas adéquat[4]. On préfèrera d’emblée lire la chose selon le registre symbolique (le grain de blé tombé en terre meurt et donne une vie nouvelle, et autres métaphores de renouveau[5]), les images (flamboyantes, comme le Christ triomphant sur les icônes et les tympans d’églises, ou sobres, allusives, comme celles des récits évangéliques : une pierre roulée, des femmes devant un tombeau vide, ... et ce jeune homme vêtu de blanc qui dit « Il vous précède en Galilée »).


Oui, on peut parler de Résurrection, on le fait depuis deux mille ans, c’est possible d’en parler. D’autant plus que la Résurrection fait écho à une expérience que nous pouvons faire, dans nos vies : celle d’une espérance rejaillissant lorsqu’on croyait que tout était perdu, lorsqu’on est au fond du trou et qu’on est relevé, par le regard d’autrui, par exemple, par un geste de pardon, un geste de compassion, un geste d’amour. On revit. Ce n’est pas simplement que, comme le dit le proverbe « après la pluie vient le beau temps », c’est l’irruption, alors que des pluies torrentielles avaient tout détruit, d’un impossible arc en ciel qui vient déchirer le quotidien, et voilà qu’un grand soleil se lève, et que nous pouvons à nouveau germer, fleurir, vivre. Tout était perdu. Mais voilà que tout est possible, à nouveau, radicalement. « Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir » ; mais la Résurrection, c’est bien davantage, c’est bien tout autre chose : c’est la vie jaillissant là où il n’y avait plus rien, ni aucun espoir, là où nous étions dévastés, déjà morts.


L’an dernier autour de Pâques, je vivais une importante transformation : à cette époque, il m’était donné de dépasser des souffrances anciennes, de commencer un chemin, une traversée, de voir toute ma vie, qui jusque là avait été fortement conditionnée par des blessures d’enfance, se relever. L’an dernier, saisie par la vie, j’étais en train de sentir ce que cela peut être, de naître de nouveau. Fleurir sur des ruines. La Résurrection n’était pas une métaphore, c’était, profondément,   ce que je vivais. Cette année, je me sens moins « connectée au thème », si je peux dire. Pourtant, je voudrais vous le répéter, à vous qui le lisez : la Résurrection n’est pas seulement l’histoire d’un après-vie, elle peut faire aussi irruption dans notre vie, ici, maintenant.


Mais il y a autre chose. Il y a, au cœur de la foi chrétienne, quelque chose de plus radical. Autre que les résurrections , aussi fortes soient-elles, que nous pouvons connaître dans le monde présent. Autre que « rien n’est jamais assez mort en nous que nous ne puissions en être relevés ». Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Il n’a pas vaincu seulement toutes nos morts, il a vaincu la Mort avec un grand M. Métaphore, peut-être. Mais quand nous, chrétiens, le disons, nous ne parlons pas que métaphoriquement. Que disons-nous alors ?


Nous disons cette Résurrection qui n’est pas une mince affaire. Qui est, en tout cas, une affaire bien plus radicale et bouleversante que l’idée d’une survie de l’âme après la mort, par exemple.[6] Il ne s’agit pas de « survie » , il s’agit de re-vie. Il était vraiment mort, il a traversé la mort, il est vraiment ressuscité. En parler, c’est vouloir affirmer un Dieu plus fort que la mort, et par là, la mort vaincue, la mort définitivement vaincue. La mort n’a pas le dernier mot, car le dernier mot appartient au Christ qui l’a traversée. Oui, Il a vaincu la Mort avec un grand M. Et Il nous emporte avec lui dans cette victoire.


L’ennui, c’est que… ça ne se voit guère. Nous ne vivons pas comme si la mort était vaincue, nous ne vivons pas dans le Royaume, nous vivons comme les premiers chrétiens en attente des derniers temps, en attente de la Parousie, nous sommes de ce monde, et qu’est-ce qu’on meurt dans ce monde !



Hier, dans ma ville, un homme est mort, sous les coups mortels d’un autre, alors qu’il ne faisait que son travail.[7] Violence, hideuse violence. La mort n’aura pas le dernier mot, mais elle parle, aujourd’hui, dans les larmes de ceux qui ont perdu un proche. Elle parle dans le silence de l’absence, dans l’horreur de la rupture. Il était vivant hier à l’aube, il est parti travailler, et pendant qu’il faisait son travail, il a été tabassé, il est mort. Il ne reviendra plus, la mort parle dans ce jamais plus. Comme elle parle ensuite dans toutes les ondes de choc de l’événement, à travers les voix du peuple, la foule, déchainée sur les forums, qui exprime au-delà de réactions une frustration, une colère, dont on ne sait trop d’où elles viennent ni qui les alimente et à quelles fins, mais qui profite de ce qui s’est passé pour appeler à la haine. Le site internet d’un journal bruxellois  a du préciser très vite que l’agresseur était « Belge de souche », pour couper court aux propos racistes. Car il y a, ces derniers temps, en Belgique comme en France, une effrayante montée de la haine, du racisme et du rejet de l’autre. Et c’est d’autant plus interpellant que je n’ignore pas qu’elle est, souvent, trop souvent, aussi le fait de mes coreligionnaires,  en principe soumis à la Loi de l’amour d’autrui, mais en réalité souvent, trop souvent, prompts au préjugé, à la discrimination, au désamour, au rejet de celui ou celle qui est différent d’eux ou d’elles. La mort n’aura peut-être pas le dernier mot, mais elle a  une grande voix, et de nombreux porte-paroles, et hier soir je n’entendais qu’elle, alors, écrire sur la Résurrection… Comment dire ?


Mais j’aurais peut-être pu essayer si je n’avais pas,  avant d’aller dormir, lu un article qui m’a secouée d’un bout à l’autre. Depuis le 14 janvier 2012, depuis 85 jours, à Bruxelles, 23 personnes sans papier sont en grève de la faim. Parce que c’est la seule façon pour eux de demander qu’on les regarde avec dignité. La réponse des politiques est… écœurante, révoltante : on les accuse de « chantage »[8]. Ils ne sont pas encore morts, ces jeunes gens déterminés à aller jusqu’au bout pour être entendus, mais la mort est déjà victorieuse, la mort est déjà sur eux et en nous, à travers notre incapacité à leur donner la dignité dont ils ont besoin.  Laurette Vankeerberghen, une jeune femme qui les soutient a publié une lettre ouverte, témoignant de ce qu’elle voit, de qui ils sont, de leur histoire, de leurs souffrances, de leur état de santé qui se dégrade de façon inquiétante.


Cet article il faut le lire[9].


Je l’ai lu. J’ai lu comme on reçoit un terrible coup de poing, au ventre, au cœur, à l’âme.


La mort est victorieuse en ce que nous nous taisons. Nous qui nous souvenons de l’homme de Nazareth crucifié devant l’indifférence de la foule, est-ce que nous ne le voyons pas, que notre indifférence crucifie aujourd’hui ces jeunes hommes, ces sans-papiers qui cherchent chez nous un toit, un travail, et qui ne trouve que les exploitants de main d’œuvre à bas prix, à qui nous refusons la plus élémentaire dignité ; celle d’être considérés comme des êtres humains.  


« Dans quel monde vivons-nous ? » demandent nos contemporains, face à la violence, à l’insécurité, à toutes les ombres qui craquent comme un vieux monde qui n’en finit plus de hurler, blesser, trahir,  un monde qui fait peur. Nous ne vivons pas dans le Royaume, nous vivons dans un monde où la mort, la violence, la haine et la peur semblent encore avoir le dernier mot. Nous vivons dans un monde où elles ont le dernier mot chaque fois que les choses vont trop loin. Nous vivons dans un monde où les choses vont trop loin, dit le peuple des forums, et les braves gens chez la boulangère, ça va trop loin,  toute cette violence, ces quartiers où la police n’agit pas, … ça va trop loin. Et moi, souvent, j’ai peur qu’ils votent trop loin aussi. Peur de tout ce trop qui me fait penser à d’autres trop, d’autres dérapages…


Oui, nous vivons dans un monde qui va trop loin, un monde où certains sont assez violents pour tuer pour un peu de tôle froissée, mais aussi un monde où la violence du rejet d’autrui est énorme, un monde où nous n’accueillons pas nos frères et sœurs en humanité, où nous oublions de regarder notre prochain comme un prochain. La violence tue aussi chaque fois que nous nous rejetons les uns les autres, chaque fois que nous laissons gagner la violence et parce que nous nous laissons la violence (nous) gagner. Quand nous nous laissons aller à la violences de nos certitudes, de nos préjugés, de nos frilosités, de notre confort ou de notre inconfort. La violence de ce monde, c’est aussi les propos racistes et haineux sur les forums et ailleurs, et la souffrance de ces sans papier  grévistes de la faim. Vous me direz peut-être que le racisme ordinaire tue moins que la délinquance. Mais est-ce vrai ?  


En 2000 ans, les choses n’ont pas beaucoup changé : on tue, on torture, ou on laisse mourir dans l’indifférence, et parfois le résultat est le même. La mort, la mort et son obsédante victoire.


Je n’ai pas écrit hier sur la Résurrection parce que, à lire le texte de Laurette Vankeerberghen, je me souvenais que je n’ai pas beaucoup bougé pour ces grévistes de la faim, que, comme elle le dit, les « religieux » sont bien silencieux aussi sur la question. Et j’ai honte, oui, de mon silence, de mon inertie, pour ceux-là et pour tant d’autre comme eux, avant eux. Je ne serais peut-être pas de ceux qui crucifieraient Dieu si on leur en donnait l’occasion, mais qu’est-ce que je ferais pour l’empêcher ?  


Et pourtant… Pourtant, ce matin, dans la joie de Pâques, j’ai fêté le jour, l’aube, l’espérance, la vie. 


Nous les chrétiens sommes les héritiers d’une très vieille histoire, une histoire de tombeau vide… A relire cette histoire, toute l’histoire que nous avons relue pendant la semaine sainte, quelque chose saute aux yeux : il n’y avait pas grand monde au pied de la croix, et … il n’y avait pas d’apôtres[10]. Lors de la comparution de Jésus devant Pilate, la foule hurle avec les loups, pendant l’agonie de Jésus, ses amis se cachent. Judas a trahi, Pierre a renié. C’est seul et abandonné que Jésus meurt pour nous. L’histoire est dite ainsi, et c’est ainsi qu’elle nous parle. La Résurrection ne vient pas sans la Passion,  et que Dieu soit abandonné de tous ne l’empêche pas de Ressusciter. Que du contraire, peut-être. C’est parce que nous n’avons pas, nous humains, assez de capacité d’amour pour construire un monde heureux, un monde sans violence, un monde sans crainte et sans lâcheté, que nous avons besoin d’un Dieu qui donne sa Grâce, d’un Dieu qui sauve. Et Il sauve. Il meurt, Il ressuscite, Il sauve, Il nous sauve, nous tous, et nous chacun et chacune.


Et si nous choisissons d’y croire, et de l’affirmer, c’est dans ce monde-ci qu’il nous faut le faire, tels que nous sommes, écartelés, un pied dans le monde qui va trop loin, la violence, un pied dans le Royaume, la paix.


Mais comment faire ? Comment être cohérents et annoncer le Christ victorieux de la mort alors que la mort autour de nous et en nous semble toujours avoir tant de force, être tellement définitive ?


J’étais au culte ce matin, et en écoutant la pasteure prêcher, une idée m’a frappée : celle que la pierre qui a été roulée devant le tombeau vide est aussi une invitation qui nous est faite : celle de rouler les pierres des tombeaux, les uns pour les autres. Celle de nous donner à l’amour, au partage, à l’espérance, pour autrui, autant que nous le pouvons, et sachant que le Christ enverra, à travers nos gestes, la vie. Vendredi déjà, lors du culte du vendredi saint, l’idée naissait : comme Simon de Cyrène, un simple passant qui se trouvait là par hasard, a été amené à porter la croix de Jésus, un temps, pour le soulager, pour que l’histoire puisse avancer, nous aussi, il nous arrive de porter des croix des autres, pour les soulager, pour que leur histoire puisse avancer. Et pour donner à l’autre la chance d’un nouveau départ.


Ce qui est dit dans ces récits, ce n’est pas seulement qu’il y a en nous, humains, du mauvais et du bon ;  cela va je pense, au-delà, radicalement au-delà. Ce qui est dit, c’est l’impensable de la Résurrection. Qu’il s’est passé quelque chose, un tombeau vide en est la trace, et une pierre roulée, … que nous ne savons pas très bien quoi, mais que ce quelque chose est un grand retournement, et qu’il faut se laisser retourner. Et que se retourner, cela veut dire se laisser surprendre en chemin, par les vies que nous croisons. Nous ne pourrons pas empêcher toute la violence, mais nous pourrons toujours nous laisser toucher, et porter, un temps, une croix, et rouler la pierre d’un tombeau. Et nous pourrons entendre la voix de grévistes de la faim avant qu’ils meurent.


Oui, je crois en la Résurrection, je crois que Jésus, Fils de l’Homme, Christ, Messie, Dieu, est ressuscité.  Et non, je ne sais pas ce que cela veut dire, exactement, il y a là du mystère, et les mystères, on ne sait pas ce que ça veut dire. Mais je sais ce que cela me dit. Je sais qu’il y a un avant-après. Avant, ces apôtres qui avaient peur et se cachaient, après, ces hommes et femmes debout, tentant de vivre le message d’amour de la bonne nouvelle, le portant au-delà des frontières de leurs habitudes, pour certains jusqu’au martyre, jusqu’à en mourir, dans l’assurance que la mort n’aurait pas le dernier mot.


Il y a un avant-après, et entre les deux un mystère, une traversée, dont nous savons si peu sinon que nous sommes conviés à y reconnaitre l’annonce d’un monde nouveau. Il y a un avant-après, et au nom de cette pierre roulée, au nom de ce tombeau vide, tout est différent. Je ne peux que ce constat : constat que les puissances de la mort sont agissantes dans notre monde, mais constat et espérance et conviction que quelque chose s’est passé.


Tout est différent, mais tout ne sera différent que si nous le faisons différent. Le Christ ressuscité n’a de sens que si nous nous plus ne laissons pas la mort avoir le dernier mot. Le Christ ressuscité n’a de sens que si nous portons des croix, roulons des pierres, et vivons dans la joie.


Car si je ne sais pas exactement ce que j’affirme quand je dis « Christ est Ressuscité » ou « Christ a vaincu la mort », je sais que ce n’est pas qu’une métaphore. C’est… autre chose. Ce dont je vis, ce dont j’espère, ma joie.
De cela découle une exigence. 


Merci à celles et ceux qui me le rappellent, jour après jour, à celles et ceux qui me parfois prennent ma croix pour un bout de chemin, à celles et ceux qui me tendent la leur et que trop souvent j’ignore.


Aujourd’hui, c’est Pâques. Constats de mort et constat de Vie. Pensée pour ceux qui n’ont pas mangé aujourd'hui, pour ceux que la souffrance étreint, et pourtant gratitude pour les repas partagés, ce matin à l’église, et le reste de la journée avec des amies, gratitude et joie, sans amertume, pour ce qui est bon.


Mais tout n'est pas bon, la mort rôde. Croire que le tombeau est vide, c’est faire tout ce que nous pouvons pour que d’autres tombeaux ne se remplissent pas. C’est rouler la pierre pour que le tombeau soit vide. Et je crois, oui, je crois, que nous pouvons. Parce qu’il serait bien malhonnête, au fond, de dire que je ne sais pas comment construire un monde meilleur, que je ne sais pas à quelle exigence appelle le silence du tombeau vide dans un matin de printemps. Il suffit, pour le savoir, de relire les mots de Laurette Vankeerberghen  :
« Je vous le demande, faites tout ce que vous pouvez faire. Ne laissez pas vivre dans l’indignité ou mourir dans l’indifférence des êtres humains qui sont à vos portes, sous vos yeux. Ne détournez pas le regard. Arrêtez vous quelques instants dans vos activité quotidiennes. »


Nous le savons. Il ne reste plus qu’à le faire. Des forces nous seront toujours données, et la mort n’aura pas le dernier mot. Contrairement aux apparences, et à ce constat du vieux monde qui grince de douleur, en Christ, par la Résurrection,  et à travers nos mains, nos gestes, c’est la vie qui gagne.



«  Car je suis persuadé que ni mort ni vie, ni anges ni principats, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur,  ni aucune autre création ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu  en Jésus Christ, notre Seigneur.  » Romains 8, 38-39[11]
















[1] http://www.huffingtonpost.com/2012/04/03/jesus-holy-saturday_n_1398224.html?ref=religion
Semble-t-il qu’Il est descendu aux enfers sauver les gens qui y croupissaient, les « morts avant Lui », Abraham, Socrate et compagnie… Retrouver Adam en ces lieux surpeuplés lui aurait pris un certain temps… 
[2] On pourrait m’objecter que le « concept » en l’occurrence relève du dogme, mais je laisse cette réflexion à un prochain article. Après tout, je ne le vis pas comme « dogme », mais comme « ce que je crois », explorons donc ce terrain-là.
[3] Ce « réveil » est le terme grec choisi par l’évangile selon Marc, dans lequel sont reprises différentes images évoquée ici.
[4] En tout cas, je ne le trouve pas du tout adéquat. Même si certains il est vrai ne s’embarrassent pas de leur esprit critique pour foncer dans une lecture très littérale de l’événement. 
[5] On trouve de telles tentatives de dire, et donc de métaphoriser, la Résurrection dans quelques épitres de Paul, et je renvoie celles et ceux qui voudraient en savoir plus à la belle prédication entendue ce matin,   disponible là : http://www.eglisedumusee.be/ (cliquez sur « écouter les podcast »)
[6] Idée que beaucoup de mes contemporains semblent trouver intéressante, même si personnellement je n’ai jamais pu y adhérer : je pense plutôt que le corps humain est le siège de la pensée, et que quand on est mort, on est mort. Il n’y a rien qui survive. Si l’on peut, après, être « réveillé » par la Grâce divine, c’est bien après. Non point de la survie, mais de la re-vie, donc. 
[7] Un membre du personnel de la société de transports publics bruxellois a été agressé alors qu’il faisait les constatations d’usages après un accident. Blessé à la tête, il est décédé peu après.  http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/731099/stib-l-agresseur-connu-de-la-justice.html
[10] Du moins dans la version de Marc, alors que Jean mentionne la présence du disciple « que Jésus aimait », mais bon, je ne vais pas vous faire un cours d’exégèse. En gros, ses amis n’étaient pas là : ils avaient peur et se cachaient.
[11] Traduction NBS.

lundi 6 juin 2011

Lamento

(un texte d'atelier retrouvé dans mes archives, écrit en novembre 2008 à Matagne)
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Quoi que je fasse, quels que soient les chemins que j'emprunte, la maturité, l'apaisement, les accalmies durables, la douceur, il y a quelque chose qui a laissé des traces et toujours revient, un fond de vieille colère qui s'accroche à la mémoire. Une aigreur, dites-vous, si sûrs de votre bon droit gravé sur la poussière de mes avers. Vous avez confisqué Dieu et je suis en révolte.

Une aigreur, dites-vous, comme si j'étais aigre, et vous gonflés de lumière. Droits, et beaux, et blonds, bien rangés dans la chapelle, sans bruit, sans laisser de traces, vous avez confisqué l'amour de Dieu.

L'amour de Dieu pourtant, c'était pour tous, c'était pour toutes, il y avait de la place pour chacun dans ses éclaboussements. Sans conditions.

Donné, donné, donné. Dans une éblouissante splendeur.

Dieu donné dans les traces de nos mains, dans les éclaboussements, Dieu qui ne demande rien aux hommes que d'aimer et de croître. Dieu d'amour, on ne le dira jamais assez, on ne le criera jamais assez, Dieu d'amour et d'amour seulement. Grâce inconditionnelle. 

Mais vous avez collé vos peurs sur la première pages des évangiles, et les traces de vos petites névroses, et vous avez appelé éclaboussement tout ce qui ne vous ressemblait pas, et vous avez appelé abomination tout ce qui ne vous parlait pas, et vous avez dit que croître ne se fait que dans une seule direction, la juste, la droite, la bien rangée. Vous avez ajouté des "si" à l'amour de Dieu, vous avez érigé des digues de vertu devant le tempétueux amour. 

Des ombres, des traces de menaces, des éclaboussements de punitions, des mérites, des indulgences, des pardonnez-moi mon Père, oui, j'ai péché, j'ai tant péché, des trucs sombres qui ne font que croître, de tempétueux coups de machette dans les luxuriantes végétations de la promesse. Voici un catéchisme : tout est domestiqué, dévasté, régulé. Pour le mieux dites-vous, et mes aigreurs fredonnent des mots de haine. J'ai froid chaque fois que vous chassez mes frères de la promesse. J'ai froid et cela me rend mauvaise, méchante comme un fruit avarié. 

J'ai froid. Il reste si peu de traces des premiers balbutiements de l'amour de Dieu, des éclaboussements de nuages, des nuées, des splendeurs, des humains appelés à croître en dignité et en tendresse, des tempétueuses libertés du créateur, des végétations nourrissantes, des sources vives, du jardin fleuri de permissions.

Oui, dit Dieu, marche, sois heureux, je t'ai créé dans mon amour, et mon amour n'attend de toi aucune action, aucun exploit. Mon amour veut te permettre de vivre et d'être toi-même. Infiniment.

Tu n'auras plus jamais soif. Je suis la source où tu pourras toujours boire, quelles que soient tes fragilités. Tu n'as pas à mériter de boire. Tu n'as pas à me mériter.

Mais les mots de Dieu n'arrivent plus aux oreilles des hommes. Les mots de Dieu se perdent, traces brumeuses dans la nuit, éclaboussements sur la route des peuples errants dans le désert, les mots de Dieu qui voudraient croître encore et encore, et courir follement à la surface des eaux, jouer dans les fontaines, chanter dans les oreilles de la création tout entière, les mots d'amour infini, tempétueux, annoncés à toutes les générations, à la terre entière, au règne animal, à la végétation, au jardin fleuri, aux rochers, aux galets, au caillou, au sable, les mots de Dieu se fanent à la lisière des églises. Là, on dit : "voici ce qui est permis, voici ce qui est interdit". L'amour devient affaire d'interdiction. Les feux que l'Esprit allume dans nos obscurités sont éteints aussitôt par ceux qui devraient souffler sur la braise pour aviver l'espoir. La promesse de flamme est engrillagée dans des règlement et les feux de l'amour ne sont plus que le titre d'un divertissement.

Dieu dit : Aimez-vous les uns les autres. 
Dieu dit : Comme Je vous aime.

Mais nous n'entendons plus cet amour. Mes frères n'entendent plus cet amour. Ce dont nous avons soif nous a été confisqué. L'aube, la promesse, la joie, l'espérance.

Les prêtres sont venus. Ils ont dit que notre amour n'est pas agréable à Dieu, et tu es parti. Mon frère est parti, et le frère de mon frère, et le frère du frère de mon frère.

Il reste si peu. Des traces, des traces encore, la nuit constellée de regrets, des éclaboussements de givre sur nos âmes, et ce qui pourrait croître et qui ne croît pas, ce qui pourrait croire et qui ne croit plus.

Il reste le rêve tempétueux qu'aimer pourrait vouloir dire quelque chose. Il reste que oui, encore et encore je dirai : Dieu nous aime inconditionnellement et cela veut dire quelque chose. Il reste des végétations saccagées, des ozones troués, des désastres, des famines, des guerres, des jardins de fleurs fanées, et quand même, parfois, au milieu de tout ce carnage, des jardins fleuris.

Il reste de l'obscurité et la lumière annoncée à tous. Il reste les restes. Les pleurs de ceux que le mépris des hommes a jeté hors des églises. Les mots de colère et de tristesse. Il reste nos amours que leurs églises ne béniront pas. Il reste vos larmes, nos larmes, et le sel de nos larmes est encore le sel de la terre.

Il reste la Parole, l'amour, et dans trois gouttes de mots, la gloire de Dieu. 

dimanche 22 mai 2011

Guérison d’un lépreux


C’est l’histoire
D’un lépreux qui demande
Et d’un Dieu qui guérit.

Ou c’est l’histoire d’un voyageur ému aux entrailles.

Ou c’est l’histoire du Fils de Dieu ému aux entrailles.

Ou c’est l’histoire d’un geste incroyable et d’un secret demandé
D’un secret mal tenu ou d’une indiscrétion
C’est l’histoire d’une histoire qu’on n’aurait pas du raconter
Ou c’est l’histoire d’une histoire qui devait être racontée.

Allez savoir de quoi c’est l’histoire, au fond, un miracle
Sinon toujours l’histoire d’une confiance
Et d’un homme qu’on regarde enfin comme un homme. 


[Marc 1, 40-45]

jeudi 5 mai 2011

La jeunesse du Moineau

En fouillant de vielles archives, je suis retombée sur un texte que j'avais écrit en janvier 2000. Je ne résiste pas au plaisir de vous le partager. 

Parole de Dieu

J'irai vivre avec toi au pays des effondrements provisoires

J'irai vivre avec toi aux lunes de midi, aux mains pleines de plaines

J'irai vivre avec toi aux hauts quartiers de la misère humaine

J'irai vivre avec toi, je me ferai petit, je me ferai enfant, je naîtrai pour te suivre et mourrai pour t'aimer.

mardi 31 août 2010

Destination


Mais moi
je t'aime de toute ma maladresse.

Mais moi,
le narcisse des petits soirs fragiles,
moi sclérosée de toutes mes douleurs,
qui parle et parle sans fond dans les plaines,
et qui ne t'entend pas,
mais moi toute de moi,
et dans le doute et les incertitudes et les fumisteries
dans la fêlure, toujours,
mais moi, prenant toute ma place, toute ta place, tous les espaces pour les remplir de bruit pour ne pas sentir la faille, moi prenant, prenant, consommant, remplissant, me remplissant, te saoulant, jusqu'au fond, précipitée, et me sentant si vide
mais moi toute de décombres,
moi de mes blessures et de mes gouffres,
toute de moi
incapable,
mais moi, je voudrais, pourtant, être l'instrument du silence dans lequel Dieu viendrait te recueillir.

Apprendre de lente patiente, apprendre à prier,
dès lors que ce que je ne pourrais jamais de moi-même accomplir,
il est bon que cela me soit donné par grâce,
comme sont données les robes de lys des champs,
et les grands cris de joie qui montent au cœur des filles.
Que je sois légère, que je sois sauvée, afin de ne plus être encombrée de moi-même,
Que cela me soit donné, oui, cela, la transparence, enfin,
pour que je t'écoute
et que je grave la Parole sur le pli de ton poignet
là où se perdent les baisers, les rêves, les morsures,
et que devines à travers tout le souffle infiniment tendre de Dieu.

Me faire porte ouverte sur tes mondes intérieurs à la ligne d'horizon de tes tempêtes
Pour toi, pour toi,
Décimer les frelons qui te piquent l'échine
Et quand vient l'heure la plus sombre, la plus inquiète,
au mitan de ta nuit, t'écorcer de chaud et de coton doux
T'entendre, t'entendre vraiment
A travers les mains généreuses du Dieu qui t'a donné à moi,
avec ton beau visage unique de lumière,
et te voir enfin,
toi,
mon frère, ma sœur.

jeudi 26 août 2010

Pour vivre

.



Pour vivre

Rien que la fontaine et le fruit
Aux soyeuses éphémères
Le chuchotement de ce qui est donné des arbres

Rien que les attaches du vent

Rien que le filet de l’instant
Pur entre les allées de la mort







lundi 5 octobre 2009

La bénédiction des ânes

"Je ne suis pas spéciste, mais..." pourrait être le titre de ce post, mais gardons celui avec les ânes, ce sera un petit clin d'oeil à mon amie M. en souvenir de certaine escapade berrichonne.


Donc, voilà que mon frère et ma belle-soeur, heureux propriétaires d'une ancienne ferme en Hainaut, ont, sur le bord de leur terrain, une chapelle, anciennement dédiée à Saint Joseph. L'idée leur est venue, il y a quelques temps, de rénover la dite chapelle, et de marquer le coup en la faisant bénir et en invitant les voisins. A vrai dire, je n'ai pas discuté avec eux de leurs motivations à refaire une chapelle (envie de s'inscrire dans des traditions villageoises, occasion de faire la fête, utilisation de la rénovation de chapelle comme "bac à sable" pour s'entraîner aux techniques bios qu'ils utilisent pour reconstruire leur maison, etc etc?). Mon frère, en tout cas, n'a été chrétien que dans son enfance (d'enfant de choeur), et ne semble pas en voie de le redevenir.

Il y a quelques semaines, j'ai donc reçu une invitation à la bénédiction de la chapelle, assortie d'une démonstration de dressage éthologique au manège voisin (oh, intéressant!) et entre les deux d'une bénédiction des animaux. Miséricorde! J'avais déjà bien du mal avec le concept de bénédiction de chapelle, mais, alors les ANIMAUX!! La promptitude de l'église catholique à considérer qu'on peut bénir à peut près n'importe quoi, du chien à la voiture en passant par le bateau, la crosse de hockey et le cheval de course, assortie de son obstination à ne surtout pas bénir les humaines amours de mes amis homos me donnant de véritables ulcères, j'ai envisagé un moment de ne pas aller à la petite fête. Mais bon, y aller, ce n'était pas non plus comme écrire en grand que j'approuvais la cérémonie, que je trouvais exaltant que la statue de Saint Joseph retrouve une maison au bord du chemin, et que Benoit XVI était vraiment un chic type! D'ailleurs, j'avais envie de voir la famille. Et puis surtout, j'étais curieuse : à quoi ça ressemble, un truc aussi débile qu'une bénédiction d'animaux?

J'ai commencé à me triturer les neurones. Bon, on bénit des bestioles. Est-ce que je trouvais ça débile? Et pourquoi? Quel sens ça peut avoir? Bref, j'ai saisi l'occasion pour me poser des questions sur le rapport entre les humains et les animaux, et Dieu dans tout ça. Tellement de questions et de pistes explorées, que si je commence à tout détailler, ça va faire un article de 15 pages.

En gros, cela naviguait entre mes sympathies profondes pour François d'Assise (dont c'était justement la fête ce dimanche), et de profondes considérations sur la notion de "spécisme"... Je me sens plutôt "spéciste" : les humains avant les bêtes, et loin de moi les militants de Gaia. Mais quand même, Dieu a créé la nature entière, les humains cassent toute la planète, tuer les bébés phoques pour leur fourrure c'est plus que moyen, ... et puis, il ne faut pas oublier Lisa!

Lisa, c'est la chatte de B&M, une charmante bestiole très aimée de ses humaines, lesquelles avaient tenu à ce qu'on ne l'oublie pas dans la bénédiction de leur PACS. Et quand Jean-Michel, prieur de Béthanie, vous parle de Lisa, vous vous prenez à aimer les bêtes comme c'est pas permis. (On notera en passant que Jean-Michel me fait un effet tout à fait surprenant, et que s'il était gourou je risquerais probablement de rejoindre sa secte voire de perdre l'esprit au point de léguer toute ma fortune à Gaia).

Donc, revenons-en à dimanche passé, chez Frère Chéri et Sa Madame. Buffet végétarien, bénédiction de chapelle, puis tout le monde (soit une dizaine de gens frigorifiés par le premier jour de vrai froid: famille, amis du manège, ainsi que 3 propriétaires de chiens divers à bénir, et 4 bigots du village tout contents de chanter des hymnes à côté du curé) se met en route vers le manège pour la suite des opérations. L'assistance et le décor (c'est triste, le Hainaut, sous le ciel gris de l'automne et dans les rafales de vent qui soulèvent la robe de Monsieur le Curé) : tout a des airs d'épisode de Strip Tease.




Nous arrivons aux ânes (première étape avant d'aller bénir les chevaux et les poules) que le curé regarde les ânes d'un air inquiet (comment je dois bénir ces machins-là, moi?). Il sort son grimoire rouge, est tout rassuré de trouver le chapitre "animaux domestiques" et lit le texte de la bénédiction. Et là, grosse consternation: le texte rappelle à qui veut l'entendre que oui, oui, Dieu a créé l'homme comme maître des animaux, qu'il peut l'exploiter, et .... s'en nourrir. Devant un parterre de végétariens, ça jette un froid.
Mais bon, nous avons été très très sages : personne n'a fait d'esclandre.

Rentrée chez moi, j'ai vérifié. Le Catéchisme de l'Église Catholique est formel : on a le droit de manger de la viande, et on veut absolument poser ce non-interdit bien en grand dans le règlement. On en profite pour justifier les recherches sur les animaux (bon, ok, je suis spéciste, donc très favorable à l'essai des médicaments sur les rats et les singes, mais quand même... de là à le justifier en disant que même Dieu l'a voulu parce qu'il a créé l'homme à son image et pas le singe, au secours!)

Et bien, finalement, je ne suis peut-être pas encore végétarienne, mais je me sens franchement moins spéciste que les catholiques. D'ailleurs, j'ai réfléchi : ce n'est pas parce qu'on veut le bien des animaux que l'on veut du mal aux humains. Un peu comme être féministe n'est pas contre les hommes, aimer les animaux, ce n'est pas contre les humains, et vive François d'Assise!

Pour ceux et celles qui veulent aller plus loin, je n'ai pas trouvé le texte de la bénédiction, mais celui du catéchisme (et une critique par des amis des animaux) ici:

Et aussi, en le cherchant, je suis tombée sur un site de curés et autres cathos végétaliens.
http://www.animal-respect-catholique.org/index.htm Il faudra que j'envoie à ma Belle-Soeur, .... pour la prochaine fois!

(Cela dit, je ne sais même pas si François d'Assise était végétarien, preuve que je ne sais absolument pas de quoi je parle, et que vous feriez mieux de lire des choses sérieuses et documentées, plutôt que ce blog).




dimanche 9 août 2009

[O] Ne le contristez pas

Dans les lectures du jour proposées aux catholiques, il y a ce très beau texte de Paul.


Ephésiens 4,30-32.5,1-2.
Frères, en vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu : ne le contristez pas.
Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté.
Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.
Vivez dans l'amour, comme le Christ nous a aimés et s'est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire.

Ne pas contrister l'Esprit de Joie. Ne pas enfermer dans nos limites, nos regrets ou nos remords, nos petitesses.

Se laisser traverser par le souffle, par ce qui porte, c'est aussi faire disparaitre de nos vies tout ce qui peut faire barrage.

On s'attendrait, peut-être, à ce que l'apôtre nous dise que pour s'aimer les uns les autres, il faut être "gentil", et le texte en effet recommande ces vertus chrétiennes que nous connaissons : soyons charitables les uns envers les autres. "Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ." Mais cette recommandation, suite logique de celle qui vise à l'élimination de "toute espèce de méchanceté", n'est pas la première des choses à faire.

La priorité, ce qui vient d'abord dans ce texte, l'essentiel, c'est de ne pas contrister. Etre dans la joie. Et pour cela, éliminez toute amertume.

Ce qui nous tient éloigné du prochain, de Dieu, ce qui nous enchaîne dans le péché, ce serait donc, d'abord, l'amertume?

Oui, si nous y réfléchissons, oui, c'est peut-être bien, en effet, la première urgence : ne pas être amer. Déposer l'amertume, l'ôter de soi comme un vieux pull qui gratte, pour mieux, ensuite, apprendre, réapprendre, répandre de la douceur.

mardi 4 août 2009

God says yes to me

Aujourd'hui, j'ai juste envie de vous partager un de mes textes préférés.

God Says Yes To Me

Auteur : Kaylin Haught

I asked God if it was okay to be melodramatic
and she said yes
I asked her if it was okay to be short
and she said it sure is
I asked her if I could wear nail polish
or not wear nail polish
and she said honey
she calls me that sometimes
she said you can do just exactly
what you want to
Thanks God I said
And is it even okay if I don't paragraph
my letters
Sweetcakes God said
who knows where she picked that up
what I'm telling you is
Yes Yes Yes





mardi 28 juillet 2009

Ce tremblement de taire... [2/3]

Voici le deuxième épisode du feuilleton entamé la semaine dernière.

Résumé du premier épisode : Paule, l'héroïne, qui pourrait aussi s'appeler Saule, mais ceci est une autre histoire, participe pour la deuxième fois à une retraite de chrétiens LGBT&friendly, écoute des enseignements bouleversants, rencontre des gens tout chouettes, et en revient un peu transformée, oui, mais jusqu'où et jusque quand?

***

C'est difficile, de dire un appel. Oh, d'autres y parviennent, sans doute, mais moi, j'ai un peu de mal. C'est que j'ai de l'esprit critique à foison, que j'aime ce qui est rationnel, ne serait-ce qu'un peu, et que dire "J'entends Jésus qui m'appelle", ou "Je veux suivre Jésus", dans ces conditions... Encore que, bon, quand on est, par exemple, un pêcheur de Gallilée les deux pieds sur terre (ou bien dans sa barque), ce n'est pas nécessairement plus facile.

Que dire, et comment dire? Peut-être, seulement rendre compte de quleues éléments de ce que je me balbutie à moi-même, un peu confusément, dans le secret de mon âme, en ce mois de juin 2009...

Que l'amour que Dieu nous porte est immense, d'une confondante immensité. Mais que nous ne recevons en général cette immensité que portée par des intermédiaires humains.

Quelques moments forts de la retraite :
  • Pendant l'enseignement de Jean-Michel, à travers Jean-Michel, c'est bien une grosse louche d'amour de Dieu qu'on se prend en pleine poire (et qu'on ne se prendrait pas, si on n'était pas là, et si Jean-Michel ne faisait pas l'intermédiaire).
  • Le temps de méditation à la fin de cet enseignement. Couchée dans l'herbe, face contre ciel, recevant le soleil et le vent.
  • Un Notre Père chanté, à quelques uns (nous étions sept ou huit, en cercle) suivant l'invitation de T., autour du feu de camp, au coeur de la nuit. Moment d'une rare et indicible grandeur.
Des moments ludiques aussi, bien sûr, des moments de partage libérateur... Mais les moments forts sont ceux qui laissent ce sillon sur mon coeur, où je ne sais trop bien que semer.

Alors, le souvenir de la tentation (oui, je l'ai toujours vécu comme une "tentation", et ce n'est pas anodin), d'entrer dans les ordres. Récurrente dans ma vie, même si les phases d'athéisme sont récurrents aussi.

La "tentation", voisine, et plus récente, d'étudier la théologie, peut -être avec une visée de profession pastorale ensuite. (Hum, faire métier de prédications).

Un désir fort de simplicité volontaire, de pauvreté, de cesser de gaspiller, détruire, surconsommer, épuiser la planète et les frères et soeurs humains du Sud (surtout) ou d'ici (aussi) qui paient le prix fort des privilèges que j'ai tant de mal à contester au quotidien.

Un désir de juste être une courroie de transmission du message évangélique. Pour que les autres aussi reçoivent sur le visage, le corps, partout, le grand vent libérateur de Dieu.

Et je pense à cette collègue qui me disait "Tu dois être plus assertive", à ces magazines qui nous disent "Tu dois te réaliser", à la société du développement personnel. Ce n'est pas si mal, le développement persopnnel. mais pour quoi, pour quoi? Ne faut-il pas retourner tout cela, entrer dans un chemin de détachement, de transparence, justement ne pas s'affirmer, mais se faire vide pour que résonne mieux, à travers soi, le message du Christ, ce tout autre message qui nous dépasse et en nous dépassant fait que nous nous dépassons nous-même? Ne faut-il pas radicalement changer de regard, littéralement "se convertir"?

Je voudrais un chemin spirituel qui me permette d'allier mes convictions féministes (pas question de laisser tomber la juste cause de l'empowerment des femmes, à commencer par le mien) et la consicente reddition à un pouvoir tendre et tout autre.

Je voudrais n'être plus que corps permettant à l'amour du Christ de s'incarner, encore et toujours, sur terre, aux côtés de l'humanité. Que mon regard sur autrui devienne le regard d'amour, d'écoute, de compassion du Christ sur les humains. Qu'à travers moi, les autres puissent se sentir aimés de Dieu. Mais ça veut dire quoi? Sans doute pas s'asseoir auprès des plus pauvres et leur faire des sourires niais, sans doute pas me tenir nuit et jour aux côtés des SDF ou des sans-papiers, porter l'amour aux parias? Ou bien si? Mais je n'ai pas du tout du tout envie de faire ça! Je ne suis pas capable. D'ailleurs, à bien y réfléchir, je ne suis pas capable non plus d'écouter mes amis, je parle tout le temps. Je ne porte ni la parole du Christ ni rien du tout, seulement un flot de bavardage. ça ne va pas, mais alors là, pas du tout!!!

Je voudrais changer de vie, je change de vie, dans cette direction. Le problème est juste que je ne sais pas très bien, qui, quoi, comment, à quoi je suis appelée exactement.
Quelque chose de fort, de radical, de totalitaire? Quelque chose comme ce qui a fait se lever des générations d'apôtres, fondateur-trice-s d'ordres, prédicateur-trice-s dans les villes et les déserts... Quoi?

Etudier la théologie, ce serait encore se plonger dans les livres, solliciter l'intellect... Est-ce la bonne voie? Je ne sais pas... M'engager un an , le temps de réfléchir, comme bénévole dans une communauté (pourquoi pas Agape, qui cherche des permanents? ... Mais n'ai-je pas passé l'âge? Et est-ce que cela convient, colle avec ma personnalité? Je ne sais pas... D'autres pistes? Lesquelles? Il faut sans doute attendre et laisser Dieu me donner quelques indices supplémentaires. Peut-être faire une retraite quelque part? Je pense au monastère protestant de Grandchamp, mais nous voilà fin juin et j'ai dix jours de vacances avec d'autres projets. Je me dis que ces dix-jours-là vont m'aider à réfléchir.

[à suivre...]

dimanche 26 juillet 2009

[O] Deux pains, cinq poissons


[Jean 6,1-15]

Voilà un des récits les plus populaires de l'Evangile de Jean: le coup de la multiplication des pains. Tout le monde connait cette histoire. Présente dans les quatre évangiles (Marc 6:30-44, Matthieu 14:13-21, Luc 9:10-17 et Jean 6 :1-15), elle fait partie du fond de récits du Nouveau Testament que tout bon petit occidental entend à un ou l'autre moment sur les bancs de l'école ou de la bouche d'une grand-mère attentionnée, à moins que tant l'école que la famille qui ont fait son éducation ne soient d'une irréprochable laïcité. Pour ma part, j'ai eu une éducation catholique romaine, des parents qui allaient à la messe (et n'oubliaient pas de m'emmener avec eux). J'ai donc eu droit, au cours de religion, au cathéchisme, et à de nombreuses reprises, à l'histoire que l'on connait : Jésus est avec ses disciple et une foule de gens qui les suivent; il est tard et tout le monde a faim. 5000 personnes, nous dit-on, et rien à manger. Enfin, pas vraiment rien, mais c'est tout comme... « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ! »

Une belle histoire à raconter à des enfants, d'ailleurs. Elle est simple, elle apparemment parle de choses que tout le monde a pu expériementer (même dans nos sociétés de surabondance, le mot "faim" évoque encore quelque chose), et, ce qui ne gâche rien, le héros, celui qui apporte les pains et poissons sans qui rien ne serait possible, le héros, donc, est un enfant. Ce n'est pas le cas par exemple dans le texte de Matthieu, où les disciples semblent avoir eux-même apporté la nourriture, ou l'avoir demandée autour d'eux :
38 Mais il leur dit : Combien de pains avez-vous ? Allez et regardez. Et quand ils le surent, ils disent : Cinq, et deux poissons.

Qui plus est, le miracle est spectaculaire : nourrir 5000 personnes avec si peu, c'est presque plus fortiche que de faire marcher un paralytique.

N'étant jamais très à l'aise, personnellement, avec les récits de miracles, je peux comprendre que les adultes qui, dans les années septante, m'ont donné cours de cathéchisme, aient fait leur possible pour ramener ce récit sur le terrain de l'explication rationnelle. Chose qu'ils faisaient souvent, je ne sais si c'était dans l'air du temps... La mode d'une époque post Vatican II et imprégnée de Dolto? Une volonté de former des enfants qui ne "gobent" pas tel quel n'importe quel récit merveilleux? J'ai du subir, au cathéchisme, une foule d'explications plus ou moins scientifiques : Moïse avait passé la Mer Rouge à un endroit où la marée donne l'impression que les eaux s'écartent d'elles-mêmes, l'aveugle que Jésus guérit avait en fait une maladie qu'on pouvait guérir rien qu'en se lavant les yeux, etc...

Pour la multiplication des pains, il fallait aussi expliquer, que non, Jésus n'avait pas vraiment multiplié les pains. La théorie la plus en vogue était que les gens avaient eu assez à manger parce qu'ils avaient partagé. C'est bien connu : là où il y en a pour 2, il y en a pour 5000.
Le problème, avec de telles "explications", est double :
  • d'abord, même un enfant de 7 ans se rend bien compte que ça ne tient pas la route (il suffit d'avoir voulu un jour manger à 12 un gateau de 2 personnes pour voir où est le problème);
  • ensuite, cela rend l'Evangile un peu gnangnan, on précipite les enfants vers une morale un peu téléguidée : il faut partager avec ses petits camarades. C'est guimauve, c'est moralisateur, on dirait un mauvais épisode de la Petite Maison dans la Prairie. Jésus vaut mieux que ça, non?

Quel dommage qu'on ne nous aie pas, tout simplement, dans un premier temps (quand nous étions tout petits) permis de rêver en nous offrant les miracles tout nus, merveilleux, sans explications. Avait-on peur que nous confondions Jésus avec le Père Noël (qui, comme chacunE sait, n'existe pas)? Et quel dommage qu'on ne nous aie pas, simplement, un peu plus tard, introduit dans le registre du symbolique : le miracle n'est pas un récit à expliquer, mais une histoire qui nous parle de nous, de notre humanité de notre rapport les uns aux autres, à la vie, à Dieu. Même des enfants de 10 ans sont capables de comprendre cela, si on le leur explique bien. Si on fait l'effort de sortir du scientisme et du rationalisme.
Ce que nous devons toujours faire d'urgence, semper reforma, car il y a un réel danger à vouloir estampiller nos convictions du sceau du scientifiquement correct.

Expliquer (par la raison) un miracle plutôt que de le lire dans l'ordre du symbolique, auquel il appartient, est une démarche qui peut ouvrir la porte à toutes les dérives intellectuelles. Je pense ici aux scandaleuses déclarations de André Léonard, évêque de Liège, il y a quelques années, et de Benoît XVI, sur le préservatif. Au lieu de se cantonner dans leur domaine d'expertise (?), la théologie, ces messieurs prétendent se placer sur le terrain scientifique : le préservatif serait dangereux parce qu'il n'est pas fiable à 100%, et donc serait un instrument de propagation du VIH. Sans aller plus loin sur ce thème, on remarquera que prétendre se placer sur le terrain de la science, quand on n'est pas scientifique, pour justifier ce qu'on veut dire au nom de la foi, est à tout le moins douteux, et relève d'une inacceptable malhonneteté intellectuelle.

Mais revenons à nos poissons, à nos pains, et à cet encombrant miracle de leur multilication. Je me souviens d'avoir un jour entendu une prédication (dont j'ai malheureusement oublié l'auteur), qui, à première vue, se situait aussi du côté des "explications". Il est midi, les gens ont faim, ils voient qu'ils sont nombreux, ils n'osent pas sortir leurs tartines devant les autres (des autres dont ils pensent qu'ils sont peut-être venus sans pique-nique). Quand l'enfant propose de partager ses poissons et ses pains, ils se réveillent : libérés de leur frilosité, de leurs doutes, de leurs peurs (peur de ne pas avoir assez, peur "de manquer", peur de devoir partager, ou peur de ne pas savoir partager et dès lors devoir oser manger devant d'autres qui restent le ventre vide), tous sortent leurs provisions de leurs poches, et du coup, il y a assez à manger pour chacun et chacune, assez à manger pour tout le monde.

Si la nuance entre cette "explication" rationnelle et la précédante (ils partagèrent et du coup, il y a eu assez pour tous) est infime. Mais elle me semble essentielle.

Certes, on peut trouver des ressemblances : le miracle est apparemment gommé par une explication (ce n'est pas Jésus qui a vraiment multiplié la nourriture), et la situation est sauvée quand, grâce à un enfant qui propose ce qu'il a, les gens osent sortir de l'isolement, et du chacun pour soi. Dans les deux cas, l'important est que la foule est nourrie avec ce qu'elle apporte : Jésus travaille avec ce que nous avons sur nous, en nous.
La différence est dans la façon dont la prédication rend compte de la nature même du travail de Jésus. S'il ne multiplie pas vraiment les pains, que fait-il?
Dans la première analyse, celle entendue dans mon enfance, il invite à partager. Chacun se prive un peu, et il y en a pour tous. Parabole de ce que nous devrions faire aussi au niveau planétaire : la terre peut nourrir des foules, mais ses réserves ne sont pas énormes; il faut que le patrtage soit équitable (entre Nord et Sud) pour que personne ne meurrent de faim (il y a du chemin à faire!).

Mais la deuxième analyse, entendue plus tard, est à mon sens beaucoup plus percutante. Ici, il ne s'agit pas de calculer, de se rationner pour qu'il y en aie pour tous et toutes, et qu'il en reste, mais simplement de cesser d'avoir peur. De sortir de sa poche ce qu'on a avec soi, en soi, et de le manger. De ne pas thésauriser dans la crainte, mais de jouir de ce repas possible, qui est bon, que l'on peut prendre ensemble, en convivialité. On ne dit même pas qu'ils partagent, même si on peut le supposer (le geste de l'enfant qui offre ses pains est bien un geste de partage). Ici, le travail de Jésus n'est pas de nous faire la morale (partagez comme ce petit garçon et vous aurez tous à manger), mais, en prenant ce pain qui est là, en rendant grâce, en rompant le premier pain et en le distribuant, de nous inviter à manger, de nous inviter à vivre, au delà de nos peurs : mangez ce que vous avez à manger, et vous n'aurez pas faim. Vous serez rassasiés.